Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
PROPOSÉE AUX ENCHÈRES lors de la vente The Monterey Auction de RM Sotheby’s, du 13 au 15 août 2026.
1 500 000 - 1 800 000 $ US
Dans l’univers Bugatti, les noms ont leur importance. Lorsque l’on prononce Atalante, chacun reconnaît immédiatement cette magnifique silhouette. – S.M.
Et pour cause. Pour le Bugattiste, le nom Atalante évoque un pare-brise incliné qui se prolonge par une ligne de toit fluide, retombant sur une poupe tendue et plongeante, encadrée par les courbes généreuses d’ailes semblables à des torpilles. La carrosserie est quant à elle mise en valeur par une livrée bicolore savamment découpée. Pourtant, de la même manière que les doigts de chaque artiste tirent du piano des sonorités différentes, aucune interprétation de l’Atalante n’était exactement identique à une autre, et certaines se révélèrent plus exceptionnelles encore.
Il convient de préciser que, dans l’univers extrêmement spécifique de Bugatti, seuls les exemplaires carrossés par l’usine reçurent officiellement l’appellation Atalante. Ceux dont la carrosserie fut réalisée indépendamment par Gangloff étaient enregistrés comme « faux cabriolets » ou simplement comme coupés. Le châssis numéro 57633 appartient à cette dernière catégorie, bien que sa ligne soit indéniablement celle d’une Atalante. Il s’agit toutefois d’une variante unique, commandée selon les goûts raffinés et les spécifications de son premier propriétaire, Fernand Crouzet. Propriétaire d’une importante manufacture de cuir à Labastide-Rouairoux, dans le Tarn, celui-ci posséda finalement trois Type 57 : une pour lui-même et une pour chacun de ses deux fils particulièrement chanceux. Le châssis fut livré à Gangloff en février 1938, et la réalisation de la carrosserie demanda deux mois supplémentaires.
L’étude du profil de la voiture montre comment Crouzet collabora avec Gangloff pour obtenir exactement ce qu’il souhaitait. Le pare-brise fut très légèrement avancé, d’environ trois pouces seulement, soit quelque 7,5 cm. Cette modification suffisait à créer une ligne de toit plus délicatement incurvée, à offrir un généreux espace aux jambes, même pour un conducteur de grande taille, et à ménager un important volume pour les bagages derrière les deux sièges. De longues ailes arrière furent également demandées. Elles accompagnaient harmonieusement la roue de secours encastrée dans la poupe et la grande lunette arrière d’une seule pièce, toujours dans le but de créer une automobile pratique et fonctionnelle, adaptée au grand tourisme. M. Crouzet choisit spécifiquement l’instrumentation utilisée sur les modèles à compresseur, tandis que des enjoliveurs spéciaux en forme de disque et des pare-chocs particuliers apportaient les dernières touches décoratives. À l’image de la Duesenberg de Gable conservée dans la Mann Collection, le résultat reflète clairement aussi bien le discernement de son premier propriétaire que son sens de la justesse des formes.
Le châssis numéro 57633 demeura dans la famille Crouzet jusqu’en juin 1941, lorsqu’il fut vendu à Pierre Vidal, de Toulouse. Il fut de nouveau vendu à Paris vers 1943, puis remis en état par l’atelier Bugatti parisien. En 1947, il fut même affecté par le gouvernement français à son ambassade de Londres ! La voiture fut ensuite vendue et passa entre les mains de plusieurs propriétaires privés, parmi lesquels J.G.H. Carter, l’un des premiers passionnés de la marque.
En 1955, la voiture fut achetée par Kenneth Ulyett, auteur automobile renommé, qui l’utilisa régulièrement jusqu’à son décès en 1977. Elle fut vendue par sa succession en 1987, puis finalement acquise par un collectionneur japonais, qui la céda en 2003 à J. Peter Ministrelli, du Michigan. M. Ministrelli releva alors le défi d’une nouvelle restauration intégrale et méticuleuse, confiée au réputé Brian Joseph de Classic & Exotic Service, à Troy, dans le Michigan. De nombreuses petites pièces nécessaires au projet furent acquises au cours de deux visites à Rétromobile, à Paris, tandis que des recherches approfondies furent menées sur les équipements et les finitions d’origine de la voiture.
Le moteur et la transmission ayant déjà été correctement refaits par la prestigieuse entreprise californienne Hill & Vaughn, alors dirigée par le légendaire pilote de compétition et remarquable mécanicien Phil Hill, seuls les carters en aluminium de l’arbre à cames et des pignons de distribution nécessitaient un nouveau grattage manuel. Le motif d’origine fut relevé au crayon, puis reproduit par Dave Barron. Un article extrêmement détaillé, publié dans le magazine Torque de la section du Michigan du CCCA, accompagne le dossier historique de la voiture. Il décrit plus en détail la qualité méticuleuse du travail ainsi que l’attention considérable portée aux moindres détails lors de la restauration.
Une fois achevée dans une magnifique livrée noire et aubergine, la Bugatti fit ses débuts au Pebble Beach Concours d’Elegance de 2005. Elle termina deuxième de sa catégorie, uniquement devancée par un authentique coupé Talbot-Lago « Goutte d’Eau ». Elle remporta ensuite sa catégorie à Amelia Island en 2006, avant d’obtenir 99,5 points au Grand Classic de la section du Michigan plus tard dans l’année. À la fin de 2006, M. Ministrelli vendit la Bugatti aux enchères au profit du Beaumont Hospital, l’un des principaux bénéficiaires de ses actions philanthropiques. Elle fut acquise par David Wooley, en Angleterre, puis passa en 2007 dans la famille Roberts, qui la conserva et en profita pleinement pendant 14 ans.
Propriétaires et passionnés de Bugatti de longue date, Sam et Emily Mann furent ravis d’acquérir cette nouvelle Type 57 auprès de la famille Roberts en 2020. Depuis, elle a été régulièrement appréciée au sein de leur collection, participant occasionnellement à des concours comme à des événements routiers. Elle a été soigneusement entretenue selon les exigences élevées des Mann et la superbe restauration de Joseph ne présente que de légers signes dus à l’âge et à l’utilisation.
La voiture est accompagnée d’un rapport exhaustif établi par Mark Morris, d’Independent Bugatti Consultants. Celui-ci comprend de nombreuses photographies, des documents détaillés ainsi qu’une analyse des différents numéros et de l’histoire de la voiture. De magnifiques photographies anciennes montrant la Bugatti lorsqu’elle appartenait à la famille Crouzet complètent le dossier. Le rapport Morris confirme que la voiture conserve sa plaque de châssis d’origine ainsi que tous ses principaux composants mécaniques, à l’exception du couvercle de la boîte de vitesses, le carter étant toutefois bien celui d’origine. Le numéro de l’essieu avant a disparu lors de son polissage avant chromage, mais celui-ci est lui aussi considéré comme d’origine. Extrêmement élogieux et vivement recommandé aux acheteurs potentiels, le rapport va jusqu’à souligner la présence des caoutchoucs de pédales conformes à l’origine !
Peu de Bugatti peuvent se prévaloir d’autant de qualités que cette automobile exceptionnelle. Variante unique et particulièrement élégante de l’emblématique Atalante, elle incarne l’apogée du style et de l’excellence technique de la marque. Elle est également le remarquable résultat d’une existence passée entre les mains de véritables connaisseurs, au premier rang desquels figurent les Mann.
À mesure que je vieillis et que le monde devient plus bruyant, je me suis aperçu que j’apprécie davantage la conduite de cette voiture que celle de ma Type 57SC Atalante. Elle est plus douce, plus silencieuse et offre largement assez de puissance pour voyager sur route comme sur circuit. L’espace derrière les sièges peut accueillir tous nos bagages ainsi que notre petite-fille dans son siège-auto : une véritable voiture de sport familiale ! – S.M.
Pour découvrir cette voiture ainsi que les autres lots actuellement inscrits à cette vente, veuillez consulter le site de RM à l’adresse suivante : rmsothebys.com/auctions/mo26/.
1923 Rolls-Royce Silver Ghost Piccadilly Roadster by Merrimac | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1941 Packard 1900 One-Ten Station Wagon by Hercules | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1936 Lincoln Model K Coupe by LeBaron | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1931 Duesenberg Model J Tourster by Derham | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1939 Bugatti Type 57C Cabriolet in the style of Corsica | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1938 Bugatti Type 57 Cabriolet by D'Ieteren | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1935 Mercedes-Benz 500 K Normal Roadster by Sindelfingen | RM Sotheby's | The Monterey Auction
1938 Talbot-Lago T150-C SS Teardrop Coupe by Figoni et Falaschi | RM Sotheby's | The Monterey Auction

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