Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
Numéro de châssis : 54UK
Parmi toutes les Phantom II dotées d’une carrosserie sur mesure, rares sont celles pouvant revendiquer une histoire aussi singulière que cet exemplaire à châssis long. Initialement facturée le 27 juin 1935 à Mlle Marion A. Smith, d’Enfield dans le Massachusetts, la Phantom fut expédiée de Liverpool le 6 juillet 1935 et livrée avec une garantie prenant effet le 30 août de la même année. Sa première carrosserie était une limousine formelle, remplacée vers 1941 par une carrosserie dans le style d’une Newport Town Car.
Le chapitre le plus marquant de son histoire débuta en 1954, lorsqu’elle passa entre les mains de Douglas Rogers, de Weston dans le Massachusetts. Ancien employé de Rolls-Royce of America, sa connaissance intime de la marque donna naissance à l’une des restaurations de Phantom II les plus soigneusement étudiées. Peu après l’acquisition de la voiture, Rogers commanda à Hooper and Co., à Londres, une carrosserie biplace ouverte réalisée sur mesure selon son propre dessin. Il travailla directement avec Osmond Rivers, directeur et styliste en chef de l’entreprise. Cette réalisation fut la dernière carrosserie jamais construite par Hooper pour une Phantom II et l’une des dernières à quitter cet atelier historique avant l’arrêt de sa production en 1959.
Le thème dominant du projet fut le remplacement systématique, partout où cela était possible, des autres métaux par de l’acier inoxydable. Rogers poursuivit ce programme avec une telle minutie que même Hooper en fut surpris. Rivers lui écrivit avec franchise : « Je me doutais qu’il vous serait extrêmement difficile de fabriquer des ailes en acier inoxydable et, pour être tout à fait honnête, nous étions plutôt heureux que vous ne nous demandiez pas de les réaliser pour vous ! » Rogers les fabriqua lui-même.
L’ampleur du recours à l’acier inoxydable est détaillée dans le bulletin numéro 92 du Rolls-Royce Enthusiasts’ Club, publié en 1975. Au niveau de la visserie et de l’accastillage, il concerne chaque goujon, écrou, boulon, axe de chape, rondelle, goupille fendue, tringle de commande, gaine, conduite et collier de serrage de la voiture. Les principaux ensembles suivent le même principe, notamment les supports de roues de secours, la tringlerie de réglage de la suspension, la pompe à eau, les accouplements d’entraînement de la dynamo et de la magnéto, les fixations de la boîte de vitesses et du pont arrière, le réservoir de carburant, les éléments et câbles du système de freinage ainsi que les pare-chocs avant et arrière. Les ailes possèdent des bordures polies en acier inoxydable laissé apparent et leurs faces inférieures ne sont pas peintes. Les batteries sont logées dans des boîtiers en acier inoxydable, les éléments du radiateur et le mécanisme des volets sont réalisés en acier inoxydable de type 347 et, enfin, l’entourage du radiateur lui-même est en Staybrite de Firth, fourni par Rolls-Royce.
Le moteur reçut une culasse à taux de compression élevé commandée directement auprès de Rolls-Royce. Celle-ci complétait la boîte manuelle à 4 rapports, la suspension à ressorts à lames, les freins à tambour assistés par servomécanisme et le système de graissage centralisé du châssis à commande unique.
L’aménagement intérieur répond au même niveau d’exigence mécanique, avec un tableau de bord et des garnitures de portes en noyer massif, des marchepieds et des planchers en acajou massif dotés de fixations en acier inoxydable, ainsi que des boucles fabriquées à la main pour les sangles des gaines en cuir protégeant les ressorts de suspension. La capote en mohair de soie fut doublée de drap West of England et complétée par une housse secondaire en nylon noir destinée à la protéger des intempéries.
À une époque où une Cadillac Eldorado neuve coûtait 7 750 dollars et une Rolls-Royce Silver Dawn environ 13 000 dollars, les 30 351,27 dollars investis par Rogers dans les matériaux, auxquels s’ajoutèrent 8 239 heures de travail, témoignent d’une restauration réalisée sans le moindre compromis.
Lors du concours du Rolls-Royce Owners’ Club organisé à Montréal en 1958, la voiture remporta à la fois le Rolls-Royce Memorial Trophy récompensant la meilleure automobile du concours et le Hooper Trophy. Rogers conserva sa chère Phantom carrossée par Hooper pendant près de quatre décennies, jusqu’en 1992. Elle passa alors entre les mains d’un autre passionné, sous la responsabilité duquel une restauration complète, carrosserie séparée du châssis, fut réalisée au cours des années 1990. La voiture reçut une livrée bleu de Delft rehaussée d’éléments crème, tout en conservant les lignes d’origine dessinées par Hooper, les ailes en acier inoxydable fabriquées par Rogers et l’ensemble de ses pièces d’accastillage brillantes, correctement retraitées.
Accompagné de la correspondance échangée avec Hooper & Co. ainsi que d’autres documents provenant de la Rolls-Royce Foundation, le châssis numéro 54UK constitue une expression absolument unique de l’histoire de la marque, de l’héritage de la carrosserie artisanale et de la vision d’un homme.

Contacter Utilisateur