Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
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Il semble que tout le monde aime la Bugatti Type 57. Nous l’aimons beaucoup nous-mêmes, et elle était également très appréciée à son époque. En effet, la Bugatti Type 57 peut revendiquer le titre de l’un des modèles les plus populaires jamais produits par Bugatti, avec plus de 700 exemplaires fabriqués, y compris les variantes 57S et 57C. Les Type 57 de base étaient à l’origine carrossées par Gangloff en cinq styles : l’Aravis cabriolet deux places, l’Atalante coupé deux places, la Galibier berline, la Stelvio cabriolet quatre places et la Ventoux coupé quatre places. Il n’est pas rare de voir des exemplaires survivants restaurés, peut-être dans un état "mieux que neuf", brillants comme un diamant et exposés sur les pelouses impeccables des concours d’élégance les plus prestigieux du monde.
Alors, allons-nous parler aujourd’hui d’une énième reine de concours restaurée ? Pas cette fois : le châssis 57181 est aussi éloigné des restaurations cliniques que possible. Bien qu’il ne le révèle pas au premier coup d’œil, c’est en réalité un exemplaire extrêmement authentique, une véritable "sortie de grange" imprégnée d’histoire. Compte tenu de son état d’origine, il est intéressant de noter qu’il était à l’origine équipé d’une carrosserie berline. Achevé en février 1934 et livré neuf à l’agent Muller et Cluzel de Mulhouse, le châssis 57181 fut vendu comme châssis roulant à un certain M. Widerkehr, qui fit monter une carrosserie Galibier par Gangloff. Cependant, très tôt dans sa vie, peut-être encore sous la propriété de Widerkehr, la voiture fut renvoyée chez Gangloff pour recevoir une carrosserie Stelvio. Widerkehr conserva la voiture jusqu’en 1938 ou 1939, lorsqu’il la retourna à Bugatti. On peut se demander si Widerkehr avait un lien avec le carrossier Widerkehr de Strasbourg et Colmar, qui finalement fut absorbé par Gangloff. Après tout, les villes de Molsheim, Mulhouse, Strasbourg et Colmar sont situées à proximité les unes des autres, dans la région alsacienne, du côté français du Rhin.
Malheureusement, l’occupation allemande de la France provoqua des bouleversements dans l’usine Bugatti de Molsheim, si proche de la frontière. L’usine subit des dommages irréparables pendant les combats. Nul ne sait ce qu’il advint de 57181 pendant cette période, mais elle eut une chance inouïe de survie et fut finalement retrouvée sous une botte de foin à Seysses par un certain M. Gros, qui posséda la voiture de 1949 à 1958. Il en prit visiblement grand soin avant de la céder via le concessionnaire Bugatti de Genève, Robert Baer. Avec seulement 27 000 kilomètres au compteur, elle fut expédiée aux États-Unis pour son nouveau propriétaire, David Mize. Mais, en tant qu’agent de la CIA avec des missions en Algérie, en Libye et au Vietnam, Mize avait peu de temps pour profiter de cette voiture.
La situation s’améliora en février 1967, lorsque Mize accepta de vendre la voiture au collectionneur John J. Risch, de Plainfield, New Jersey, qui veilla à la préserver soigneusement. Risch aimait exposer la voiture et remporta même le prix Best of Show lors du New Hope Automobile Show en Pennsylvanie en 1968, un prix qui lui fut remis par nul autre que René Dreyfus. Un détail intéressant est que Risch se lia d’amitié avec Dreyfus, qui, de confession juive, avait quitté la France pour l’Amérique en 1940. Après avoir pris sa retraite des sports mécaniques en 1955, Dreyfus avait repris le restaurant Le Gourmet au 18 East 49th Street à Manhattan, le rebaptisant Le Chanteclair, et Risch faisait régulièrement le voyage pour y dîner à bord de sa Stelvio bien-aimée.
Après le décès de John J. Risch en 1991, la Bugatti continua d’être chérie par son fils, John J. Risch Jr. Peut-être le point culminant de sa vie fut-il d’être reconnue comme un exemple d’authenticité au Pebble Beach Concours d’Elegance en 2016, où elle obtint une deuxième place dans la catégorie Préservation d’avant-guerre. Ce succès fut suivi en 2018 par le Trophée F.I.V.A. de la meilleure voiture d’avant-guerre préservée, lors du concours d’Amelia Island. De manière impressionnante, 57181 resta dans la famille Risch jusqu’en septembre 2021, date à laquelle elle rejoignit la célèbre collection néerlandaise de Bugatti de Jack Braam Ruben.
C’est encore aujourd’hui une pièce de préservation exceptionnelle, toujours en parfait état de marche et de conduite, et qui mérite absolument une inspection de près. Vous pourrez l’admirer au Salon Rétromobile, où elle sera exposée sur le stand de PreWarCar.com, aux côtés d’une Peugeot Bébé de 1902 également non restaurée et d’une Amilcar C6 de 1927, qui vient de sortir d’une restauration minutieuse après avoir été acquise comme un tas de pièces en 2015.
Comme toujours, le Salon Rétromobile promet un spectacle à ne pas manquer. Il se tiendra du 5 au 9 février à l’Expo Porte de Versailles à Paris. Pour plus d’informations ou pour acheter des billets, rendez-vous sur www.retromobile.com.