Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
S’il est une région qui se prête naturellement aux rallyes de voitures classiques, ce sont bien les Ardennes belges. De fines routes sinueuses serpentant à travers des forêts denses, des vallées ondulantes baignées de brume matinale et des villages où le temps semble s’être arrêté. Nous avons souvent dirigé nos anciennes dans cette direction et, récemment, nous avons rencontré l’organisateur du Vintage Ardennes Trial 2026, qui mettra sur pied en juin prochain un événement de trois jours. Le décor va presque de soi — mais une rallye réussie ne s’improvise pas.
Au téléphone, il paraît énergique, presque pressé. « Un instant », dit-il, « on vient de m’appeler pour une roue de ma Salmson de 1935. » La Salmson n’est pas une pièce de musée pour puristes. Bien au contraire. « Ce n’est pas une voiture pour puristes », rit-il, « mais elle est formidable à conduire. Nous participons à beaucoup de rallyes avec elle. »
Cela résume bien Pierre Barré : passionné, impliqué, mais solidement ancré dans la pratique. Il respecte ceux qui poussent leurs voitures à la limite, dit-il. « Mais moi-même, je reste un peu plus prudent avec mes autos. »
Avec son ami Michaël Demortier, il organise en juin 2026 le Vintage Ardennes Trial, un événement prewar de trois jours qui attire désormais une attention internationale. Pierre a lui-même participé à des rallyes réputés comme le Shamrock Rally et le Flying Scotsman. Non seulement pour rouler, mais surtout pour observer. « On voit comment ils s’y prennent, comment ils conçoivent les épreuves de régularité, comment fonctionne l’organisation. Je voulais comprendre cela. »
En Belgique, les rallyes de régularité purement prewar à caractère compétitif sont rares. Il fallait que cela change, ont-ils estimé. Forts de leur expérience et d’une équipe solide, ils ont décidé de le faire eux-mêmes.
L’an dernier, la première édition a eu lieu. L’intérêt fut immédiat et important — avec un nombre remarquable de participants britanniques, même plus que de Belges. Et fait notable : une grande partie revient.
Lorsque l’on demande à Pierre ce qui compte le plus, il ne parle ni classement ni contrôles horaires. « L’ambiance. » Chaque soir, un vintage summer bar était installé. De bonnes bières. Et de la musique live. « Du jazz de la période vintage, avec une excellente chanteuse, entre les voitures. » Sa voix trahit la fierté. « La musique live est l’une des choses que j’aime le plus. C’était déjà le cas lorsque je travaillais pour la télévision. J’aime combiner le sport automobile et la musique. »
L’image est presque cinématographique : Bentley, Alvis et Lagonda d’avant-guerre à la lumière du soir, une contrebasse qui entame doucement, des verres qui s’entrechoquent. Un participant travaillait sous le tableau de bord de sa Bentley — deux jambes dressées vers le ciel. Autour de lui, le jazz résonnait. L’atmosphère est sérieuse, mais jamais austère.
Le rallye comprend trois catégories : une Touring Class et deux classes de régularité — Original Pre-War et Upgraded Pre-War. Pierre a une préférence marquée pour les voitures d’origine, mais n’exclut pas les exemplaires modifiés. « Elles peuvent rester magnifiques, même avec quelques modifications. »
Le terme Trial a été choisi délibérément. « Je trouvais ‘rallye’ trop vague. Un trial est une compétition avec classement. Il doit être clair qu’il s’agit d’une épreuve de régularité, pas simplement d’une balade. » Précision, timing et maîtrise sont essentiels.
Particularité : l’événement se déroule du lundi au mercredi, avec Durbuy comme point d’ancrage. « Nous avons beaucoup d’expérience avec d’autres rallyes », explique Pierre. « En semaine, le trafic est plus calme. Moins de cyclistes, moins de randonneurs. Nous roulons sur des routes étroites. Le week-end, c’est simplement plus fréquenté. »
Durbuy est petite et charmante, mais envahie de touristes le week-end. « Pour les participants et les habitants, c’est préférable. Peut-être plus compliqué pour ceux qui travaillent, mais en termes de sécurité et de confort, c’est le bon choix. » Et les participants ? « Ils en sont toujours satisfaits. »
Après la première édition, chaque détail a été évalué. « Même si c’est un jeu, cela doit être parfait. Les gens l’attendent. Je participe moi-même à des rallyes, et c’est ce que je souhaite aussi. » Cette mentalité se traduit par une grande attention portée aux roadbooks, aux contrôles horaires, à l’hospitalité et à la communication. Les petites erreurs ne sont pas ignorées, mais corrigées.
Pierre constate également une différence entre les trials prewar et les rallyes historiques plus généraux. Lors d’événements postwar, environ 30 % roulent uniquement pour la victoire, 30 % de manière compétitive mais détendue, et le reste surtout pour l’ambiance. Au Vintage Ardennes Trial, c’est différent.
« Une proportion plus importante veut vraiment gagner. » La compétition est donc sérieuse — mais toujours empreinte de camaraderie.
Pour la prochaine édition, dix voitures irlandaises sont déjà inscrites. Sur un plateau de trente véhicules, cela crée une atmosphère résolument internationale.
Le participant le plus ancien ? Un Britannique au volant d’une Bianchi de 1906 — un morceau d’histoire roulant qui crépitera bientôt sur les routes ardennaises.
Cela illustre ce qu’est devenu le Vintage Ardennes Trial : non pas une curiosité locale, mais un rendez-vous pour les passionnés sérieux du prewar venus de toute l’Europe.
Les Ardennes offrent le décor. Les voitures apportent le patrimoine. Mais c’est la combinaison de compétition, d’attention aux détails et de jazz du soir entre les automobiles anciennes qui distingue l’événement. Ou, comme le dit Pierre : « I like to combine motorsport with music. »
Et précisément là — entre effluves d’essence et sonorités de contrebasse — l’histoire reprend son souffle.