Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
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Dévoilée au Salon de l’automobile de Paris de 1934, la K6 fut le dernier modèle présenté par la marque. Reposant sur le très réputé châssis de la J12, elle était animée par un six-cylindres en ligne de 5,2 litres développant 120 ch. Avec seulement 206 exemplaires construits, la K6 représentait l’aboutissement de l’ingénierie et du savoir-faire d’Hispano-Suiza, avant la nationalisation de l’entreprise par le gouvernement français en 1938 et sa réorientation vers les productions militaires, notamment les moteurs d’avion et les camions.
Les années 1930 marquèrent l’âge d’or des grands carrossiers français. Installé à quelques centaines de mètres seulement des ateliers de production d’Hispano-Suiza, au cœur de l’industrie automobile française, Vanvooren s’était forgé une réputation internationale en associant une élégance raffinée à une qualité de fabrication exceptionnelle. Le carrossier parisien habilla les châssis de certaines des marques les plus prestigieuses de l’époque, parmi lesquelles Bugatti, Bentley et Rolls-Royce. Vanvooren était particulièrement réputé pour la qualité remarquable de ses réalisations, étant parvenu à éliminer les grincements et les bruits parasites jusque-là considérés comme inévitables sur les grandes automobiles carrossées sur mesure.
C’est à Vanvooren que le châssis numéro 15095, équipé du moteur numéro 333142, fut confié en mai 1936. À la demande de son premier propriétaire, le docteur Pierre Eugène Darcissac, il reçut une carrosserie dotée d’un toit ouvrant et d’une séparation chauffeur.
Éminent professeur et chirurgien-dentiste français, le docteur Darcissac avait obtenu son diplôme de Doctor of Dental Surgery à l’université de Pennsylvanie. Lorsqu’il commanda la voiture en 1936, il occupait les fonctions de vice-président de l’American Dental Society of Europe.
Une photographie prise la même année, aimablement fournie par le Registre français Hispano-Suiza avec des informations sur les premières années de la voiture, la montre présentée par Mademoiselle Mounia, personnalité bien connue des concours d’élégance de l’époque.
Initialement immatriculée 8848 RK 3, la voiture reçut en 1955 l’immatriculation parisienne 9288 DG 75, alors qu’elle appartenait toujours au docteur Darcissac. Elle se trouvait par la suite à New York entre les mains de Bob Marceca, avant d’être vendue dans le Connecticut à Richard B. Wilder en 1976. Le propriétaire suivant l’acquit auprès de Wilder en 1981. Débuta alors une remarquable période de plus de quarante ans durant laquelle elle appartint à Javier Leon et à son épouse Berta, puis au second mari de celle-ci, Jim Hackney. Tous veillèrent méticuleusement sur la voiture. Elle bénéficia notamment d’une importante campagne de restauration à la fin des années 1980, documentée par un impressionnant dossier de factures disponible pour consultation. Ses propriétaires l’utilisèrent lors de nombreux rallyes de longue distance et la présentèrent dans de prestigieux concours d’élégance. Elle participa notamment au Grand Rallye Hispano-Suiza International Ritz Madrid en mai 1989, comme en témoigne une photographie conservée dans le dossier, ainsi qu’au Concours d’élégance de Pebble Beach en 1990, où elle fut récompensée en tant qu’Hispano-Suiza la plus élégante présente.
Son propriétaire suivant acquit la voiture lors d’une vente publique en 2019, séduit par son élégante livrée bleue bicolore, par la cigogne ornant le bouchon de radiateur – inspirée de l’insigne de la légendaire escadrille de chasse de Georges Guynemer pendant la Première Guerre mondiale – et par son habitacle magnifiquement aménagé. Celui-ci associe bois de rose et cuir à l’avant, une séparation chauffeur entièrement équipée et une garniture en tissu dans le compartiment arrière. Les lignes gracieuses et distinguées de cette carrosserie, l’importance historique de la voiture et la remarquable qualité de sa conception mécanique ont contribué à la reconnaissance de la marque comme « Full Classic » par le Classic Car Club of America (CCCA).
Léguée par son défunt propriétaire au Frick Pittsburgh, la voiture est aujourd’hui vendue au bénéfice exclusif du musée. Accompagnée d’un impressionnant dossier historique et présentant la séduisante patine d’une restauration ancienne, cette rare Hispano-Suiza K6, représentante de l’ultime modèle de la marque, offre une occasion remarquable d’acquérir un important témoignage de l’âge d’or des grands carrossiers français.

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